REPORTAGE. "N'oubliez pas de boire" : une journée de canicule avec une auxiliaire de vie, au chevet des personnes les plus vulnérables à la chaleur

REPORTAGE.

: Reportage "N'oubliez pas de boire" : une journée de canicule avec une auxiliaire de vie, au chevet des personnes les plus vulnérables à la chaleur

Alors que la France connaît des températures inédites, les aides à domicile sont en première ligne pour surveiller la santé de leurs bénéficiaires, des personnes très âgées ou malades qui sont les plus fragiles pendant ces périodes de fortes chaleurs.

Le ronronnement des ventilateurs berce l'imposant lit médicalisé de Daravong Ith. Agée de 97 ans, malvoyante, elle est alitée à cause d'une chute survenue en mars. "Ça vous a fait du bien de laver les cheveux hier soir ? La nuit a été plus fraîche ?", s'enquiert Najah Bounaouas, en lui passant un gant de toilette frais sur le corps. Les deux femmes ne le savent pas encore mais, mercredi 24 juin, la France vit la journée la plus chaude de l'histoire des relevés, après une semaine de canicule. La nuit de mardi à mercredi était, elle, la deuxième plus chaude jamais mesurée, après celle de la veille.

Au petit matin, le thermomètre était encore bloqué au-dessus des 25°C chez Daravong Ith. "N'oubliez pas de boire", ajoute l'auxiliaire de vie, en allant chercher de l'eau fraîche dans la cuisine du petit appartement décrépi de Chilly-Mazarin (Essonne) où la nonagénaire vit avec son fils.

Selon l'écran de la climatisation d'appoint, au pied du lit de Daravong, il fait 30°C à 11 heures dans le salon, où elle vit désormais volets fermés. Mais dehors, la température est si haute que Najah Bounaouas a presque l'impression d'être au frais aux côtés de la vieille femme. "Je ne pouvais pas passer plus tôt ce matin, mais la semaine prochaine, je serai là avant 10 heures", promet l'auxiliaire de vie qui, avant de partir, a rempli deux biberons d'eau pour Daravong, s'assurant que son fils prendrait bien le relais en rentrant du travail.

Des patients vulnérables aux fortes chaleurs

Entre 20 heures et 8 heures, Najah Bounaouas a passé la nuit caniculaire au chevet d'un patient atteint de la maladie de Charcot. Alité et incapable de bouger, l'homme de 42 ans exige une attention constante, accrue par les fortes chaleurs. En plus des soignants, deux aides à domicile se relaient à son chevet toute la journée et la nuit. "Il faut éponger le patient toutes les dix minutes avec une serviette, à cause de la transpiration, explique l'aide à domicile. Je lui passe aussi un gant de toilette toutes les heures, pour le rafraîchir, en plus des toilettes intimes."

La quinquagénaire a complété sa formation d'aide à domicile par un brevet de secouriste, ce qui lui permet d'intervenir, de jour comme de nuit, auprès des plus fragiles. Jeudi soir, elle retournera au chevet de ce patient très vulnérable. "Pour faire ce travail, il faut avant tout aimer l'humain, le contact avec les gens, souligne-t-elle. C'est pour ça que, même quand il fait chaud, j'accepte de faire des kilomètres, de porter des personnes parfois très lourdes ou même agressives à cause de leur maladie."

"Avec cette chaleur, je ne pourrais pas laisser une personne âgée ou handicapée sans aide."

Najah Bounaouas, auxiliaire de vieà franceinfo

Toilette, ménage, courses, ou tout simplement de la compagnie... L'aide apportée par Najah Bounaouas peut prendre de multiples formes. Mais en cette période de fortes chaleurs, "il faut surtout s'assurer qu'ils soient bien hydratés", souligne-t-elle. Ses bénéficiaires, essentiellement des personnes de plus de 75 ans, handicapées ou isolées, sont précisément les personnes qui souffrent le plus de ces températures caniculaires, rappelle Santé publique France.

Chez les personnes âgées, les mécanismes pour se protéger contre la chaleur, comme la transpiration ou la vasodilatation, fonctionnent moins bien, augmentant ainsi le risque de déshydratation. Certains traitements médicaux limitent aussi la capacité du corps à se protéger de la chaleur. Depuis le début de la canicule, le 18 juin, entre 160 et 220 personnes ont été hospitalisées quotidiennement, "dont environ 60%" ont 75 ans et plus, note l'agence Santé publique France.

"Pas de repassage aujourd'hui, madame Sourice ?", questionne l'aide à domicile, arrivée chez une autre bénéficiaire. "Oh non, pas besoin, il fait trop chaud, je ne vais pas vous imposer ça", répond l'intéressée. Cette femme de 90 ans, ancienne infirmière libérale, est pensionnaire d'une résidence pour séniors à Morangis (Essonne), où elle dort "moins bien" depuis le début de la canicule. Prévoyante, elle a troqué les plats chauds de la résidence pour des salades fraîches et des yaourts faits maison. Et, si elle n'aime pas beaucoup "être au milieu de tous les petits vieux", comme elle le dit en riant, elle compte tout de même descendre dans les salles communes du rez-de-chaussée, ce jour-là, pour profiter de la climatisation.

Les fortes chaleurs peuvent être dangereuses pour la santé, en particulier pour les personnes vulnérables. Le gouvernement a activé le 18 juin 2026 le numéro vert "Canicule info service" : 0800 06 66 66, joignable de 9 heures à 19 heures (appel gratuit). En cas de besoin d'une prise en charge ne relevant pas d'une urgence vitale, le ministère de la Santé recommande d'appeler prioritairement son médecin traitant, puis de recourir à une alternative à proximité, en consultant par exemple la carte des lieux de soins sur sante.fr (accessible en anglais) Enfin, en cas de doute, d'appeler le 15.

← Health