
Reportage
"On a beaucoup d'appels, ça n'arrête pas" : à Paris, le Samu en surchauffe pendant la canicule
Hyperthermies, arrêts cardiaques, décès... L'ambulance du Samu ne cesse de faire des aller-retours et le centre d'appels est inondé de coups de téléphone : les secours font face à une très forte demande à Paris, en pleine vague de chaleur.
La canicule fait de très nombreuses victimes. Les services de secours sont extrêmement sollicités et redoutent un nombre important de décès, même s'il n'existe pas encore de statistiques officielles.
Il est seulement 14h, vendredi 26 juin, et c'est déjà la cinquième intervention de la journée pour l'équipe numéro 2 du Samu. "On sort énormément", reconnaît le docteur Thibaut de Luze. "Cinq fois depuis ce matin, dont deux arrêts cardiaques non récupérés. Deux morts quasiment directement liés à la canicule", explique l'urgentiste.
"Plusieurs crises convulsives, 5 à 6 en 20 minutes"
L'ambulance file dans les rues de Paris en direction de la victime, une jeune femme. "Elle était en voiture. Elle a arrêté sa voiture sur un parking et elle a fait des mouvements anormaux qui ont inquiété les gens qui étaient à côté. Et ce sont eux qui ont appelé les secours", raconte Thibaut de Luze.
Des passants l'ont allongé sur le sol, au frais. Les pompiers sont déjà là. "Plusieurs crises convulsives, 5 à 6 en 20 minutes", dit l'un d'eux. "On la met sur le dos. S'il vous plaît, je voudrais qu'elle soit sur le dos", répète le docteur. "Là, elle est en pleine crise de panique".
Rien de grave, même si les spasmes sur l'ensemble de son corps ont de quoi impressionner. "Ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez pas, on est là pour vous aider. On va vous aider. Les conditions ne sont pas terribles en ce moment et on comprend très bien que vous ne soyez pas bien", rassure le médecin. La jeune femme est suivie pour des problèmes psychiatriques. "Une crise d'angoisse, une crise de panique, une crise de spasmophilie, probablement favorisée par la chaleur", explique-t-il.
"La chaleur fait que ça rend irritable, ça rend nerveux, ça peut augmenter une angoisse préexistante."
Le docteur Thibaut de Luzeà franceinfo
"On est monté jusqu'à 21 appels en attente"
De retour au standard d'appel du Samu, un médecin interroge au téléphone : "D'accord, là elle est toujours par terre ou pas ? Et c'est vous qui l'avez relevée ou c'est le gardien ?" Au troisième étage, le centre d'appels du 15 est une fourmilière où des personnels viennent en renfort. "À la demande des pompiers déjà sur place pour une femme 80 ans qui est retrouvée en ACR [arrêt cardio-respiratoire] sur une hyperthermie", entend-on dans la salle. "Là je suis en train d'envoyer un Smur dans le 15ᵉ arrondissement", explique Jérémy, coordinateur assistant de régulation médicale.
"On a beaucoup d'appels, ça n'arrête pas, Les urgences sont saturées, puis bientôt la réanimation. On commence déjà à ne plus avoir de place. C'est très compliqué. On est monté jusqu'à 21 appels en attente. C'est principalement les appels de personnes âgées, que ce soit pour des malaises, pour des décompensations de maladies ou pour des décès. Beaucoup de décès. Habituellement, on n'en a pas autant", confie Jérémy.
S'il est trop tôt pour établir une comparaison avec la canicule de 2003 et ses 15 000 morts, la situation sanitaire est grave, explique le professeur Frédéric Adnet, chef du Samu de Paris. "Beaucoup d'hyperthermies, beaucoup d'arrêts cardiaques, beaucoup de patients retrouvés morts par leurs proches. Donc on a une mortalité qui a effectivement bien augmenté. Les chiffres, on est en train de les analyser aujourd'hui et donc il est bien trop tôt pour pouvoir tirer un comparatif avec 2003", selon le professeur.
Même si les températures commencent à redescendre, les corps sont fatigués et l'état de santé des malades chroniques va continuer de s'aggraver. Les secours s'attendent à prendre en charge de nombreux patients, au moins jusqu'à mercredi.
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