
"Environ 1 000 décès supplémentaires depuis mercredi" : quatre questions sur la surmortalité liée à la canicule en France
Santé publique France a publié un premier bilan humain de l'épisode caniculaire qui s'achève. Mais ces données chiffrées sont pour l'heure "partielles" et "sous-estiment le nombre total de décès", prévient l'agence nationale de santé publique.
Un très lourd bilan humain. Depuis mercredi 24 juin, un millier de décès de plus que la normale ont déjà été recensés en France en raison de la canicule, a annoncé Santé publique France (SPF), dimanche 28 juin. Mais le chiffre réel de la surmortalité totale sera probablement bien plus élevé. Franceinfo répond à quatre questions sur le bilan humain de cet épisode caniculaire exceptionnel.
Quel est le bilan humain de ces derniers jours de canicule ?
Santé publique France a fait un premier point dimanche sur les conséquences en termes de mortalité des derniers jours de canicule en France. Dans le détail, plus de 1 200 morts, toutes causes confondues, ont été enregistrées pour la journée du 24 juin et plus de 1 400 décès quotidiens les 25 juin et 26 juin. A titre comparatif, on comptait autour de 900 à 1 000 décès par jour durant les mois d'avril et de mai. "Ainsi, depuis le 24 juin, environ 1 000 décès supplémentaires ont donc été observés par rapport aux décès observés les mois précédents", note l'agence nationale de santé publique, dans un communiqué.
Cette augmentation est plus marquée dans les régions en vigilance rouge lors des derniers jours, en particulier en Ile-de-France, Nouvelle Aquitaine, Bretagne, Centre-Val de Loire, Normandie et Pays de la Loire. Si toutes les classes d’âge sont concernées, ce sont tout particulièrement les personnes de 65 ans et plus qui sont les plus touchées. Les décès à domicile, notamment en Ile-de-France, progressent également plus fortement que ceux observés en établissement hospitalier et en Ehpad. "Ce constat conduit à rappeler les mesures de solidarité envers les personnes isolées et en situation de grande solitude, y compris dans les zones fortement urbanisées", alerte SPF.
Ces chiffres sont-ils fiables ?
Santé publique France prévient d'emblée : ces premières données chiffrées sont "partielles" et "sous-estiment le nombre total de décès" liés à la canicule. Et pour cause : cette surveillance est basée seulement "sur la remontée des certificats électroniques de décès". Cette méthode n'est donc pas exhaustive et "permet d’enregistrer habituellement environ 60% de la mortalité nationale", précise SPF. Seuls 25% des décès survenus au domicile sont comptabilisés par ce système, ainsi que 45% en Ehpad et 80% à l'hôpital.
"Les tendances observées doivent donc être interprétées avec prudence car les données sont sous-estimées, en particulier dans les zones et pour les lieux de décès les moins couverts par le dispositif, comme les décès à domicile. La mortalité sera en conséquence plus élevée que ces premières données", conclut Santé publique France.
La mortalité pourrait-elle dépasser celle de 2003 ?
Le souvenir de la canicule de 2003 est dans tous les esprits. A l'époque, la vague de chaleur avait tué 15 000 personnes, principalement âgées. Or, l'épisode actuel de canicule est déjà jugé plus intense sur le plan climatique que celui de 2003, le plus fort jusqu'alors enregistré. Plus d'une centaine de records absolus de températures ont été battus dans tout l'Hexagone ces derniers jours.
Malgré ces températures exceptionnelles, le gouvernement se veut rassurant. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a estimé dimanche sur BFMTV que "même si la canicule est comparable d'un point de vue météorologique à celle de 2003, on ne sera probablement pas dans la même situation d'un point de vue sanitaire". On n'aura "probablement pas la même surmortalité", a-t-elle insisté, notant par exemple que les Ehpad étaient mieux préparés.
D'autres experts sont plus inquiets. Philippe Juvin, député LR et chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou, à Paris, a dit s'attendre à un bilan "probablement très très lourd", dimanche sur franceinfo. "Lundi matin, les aides ménagères, les gens qui s'occupent des personnes âgées à domicile, vont revenir travailler, ainsi que les familles. On va ouvrir les portes et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très très mauvais état chez eux, qui n'ont pas bu depuis trois jours, qui sont dans la chaleur ou qui sont morts", a-t-il décrit. "Donc le bilan est loin d'être terminé et il est très important", selon lui.
Quand connaîtrons-nous les chiffres définitifs ?
L'heure du bilan n'a pas encore sonné. La comptabilisation précise de la surmortalité de cette canicule va prendre du temps. Déjà, l'épisode de forte chaleur n'est pas encore totalement terminé, deux départements restant en vigilance rouge dimanche et 45 autres toujours en orange. Et même lorsque les températures auront baissé, en début de semaine, les hôpitaux ne vont pas se vider immédiatement. Les effets de la chaleur mettent parfois des jours à se faire sentir : ils peuvent par exemple aggraver soudainement une maladie chronique, alors même que les températures sont redevenues plus normales.
Une fois cet épisode derrière nous, Santé publique France devrait donner plusieurs indicateurs de la surmortalité, dans les semaines et les mois à venir. Ceux-ci sont réalisés à partir des données consolidées du nombre de décès, alors que le premier bilan publié dimanche se base sur des données partielles et provisoires. Ces données consolidées seront ensuite comparées aux températures relevées dans chaque département, afin de déterminer la fraction des décès attribuables directement à la canicule. Pour ce faire, SPF utilise un modèle statistique associant les températures à un risque de mortalité, sur la base de la mortalité observée entre 2014 et 2022.
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