Bilan de la canicule : "Je m'attends à ce que le nombre de morts soit important", prévient Nicolas Revel, directeur de l'AP-HP

Bilan de la canicule :

Bilan de la canicule : "Je m'attends à ce que le nombre de morts soit important", prévient Nicolas Revel, directeur de l'AP-HP

Les conséquences des 12 jours de canicule sont-elles sous-estimées ? A-t-on déjà un bilan du nombre de morts ? Les hôpitaux sont-ils toujours en surchauffe ? Le directeur de l'AP-HP, Nicolas Revel, était l’invité du journal de 20 Heures.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

France Télévisions : Les urgences ont été saturées ces derniers jours. Lundi 29 juin, avec la baisse de température, est-ce toujours le cas ? Êtes-vous toujours en surchauffe ?

Nicolas Revel, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris : Oui, on est encore sous une vraie tension sanitaire. C'est souvent le cas. On sait que, quand les températures baissent, la pression reste forte plusieurs jours après.

Donc vous diriez que les urgences sont toujours saturées dans les hôpitaux ?

Elles sont aujourd'hui extrêmement chargées. On a eu un peu moins de passages samedi et dimanche, mais lundi, c'est reparti. Même si on s'attend à ce que, dans le courant de la semaine, les choses s'apaisent, on sort d'une crise très forte. C'est à peu près 50% de plus de tout : 50% de plus d'appels au Samu sur la semaine, 50% de plus de passages aux urgences, 50% de plus d'hospitalisations. Et heureusement, avec des personnes hospitalisées qui ont été prises en charge, il y a eu assez peu de morts à l'hôpital, car nous avons, depuis 2003, revu la manière dont on prend en charge les personnes qui sont atteintes de coups de chaleur.

Avec notamment ces baignoires que vous avez installées par rapport à 2003 où, quand les gens arrivent en hyperthermie, on les plonge directement dedans.

C'est la grande nouveauté depuis quelques années : on plonge ces personnes dans de l'eau avec 50 kilos de glaçons, pendant plusieurs minutes. L'eau est à 4-5 degrés. Elles arrivent en ayant 42 degrés, et on arrive à les faire redescendre.

Quelles sont les pathologies les plus fréquentes que vous avez affrontées ces dernières années ?

On a eu, au départ, des coups de chaud. On a eu beaucoup d'arrêts cardiaques en Île-de-France, mais qui, souvent, malheureusement, n'ont pas pu tous arriver jusqu'à l'hôpital.

Les arrêts cardiaques ont doublé.

Et même triplé ou quadruplé sur les jours les plus extrêmes de la semaine. Après, vous avez la personne âgée déshydratée qu'on a vue arriver jeudi soir, vendredi, samedi. Et puis, on aura ces prochains jours des personnes qui ont des pathologies chroniques, des insuffisances cardiaques, des diabètes, des insuffisances de plein de choses, pour lesquelles la chaleur va être un effet de décompensation. Et, souvent, ces personnes arrivent quelques jours après.

On parle de beaucoup de morts, il y a ces 12 jours de surmortalité de la canicule, les services funéraires sont débordés, on l'a vu dans le journal, on a évidemment en tête les 15 000 morts de la canicule de 2003, mais l'été dernier, il y a eu 5 700 morts supplémentaires à cause de deux canicules. Vous n'avez pas le chiffre exact, mais est-ce qu'on sait combien il y aura de surmortalité sur ces 12 jours ?

C'est très difficile de le dire. On va faire un décompte qui va arriver dans quelques jours ou quelques semaines. Je m'attends à ce que le nombre de morts soit important. Je ne pense pas qu'on sera à 15 000 morts comme en 2003, parce qu'on a progressé sur plein de choses. Mais, vu le nombre de personnes qu'on a retrouvées décédées à leur domicile, vu les difficultés que vous décrivez auprès des sociétés qui s'occupent de la prise en charge de ces personnes décédées, je m'attends à ce que ce soit plusieurs milliers de personnes décédées. Ça a été une canicule peut-être un peu plus courte que les précédentes, 12 jours, mais d'une intensité extrême.

Vous vous attendez probablement à ce que ce soit un chiffre qui soit supérieur à celui de l'été dernier ?

Oui, je pense que ce sera probablement supérieur à celui de 2025, même si c'était tout l'été 2025. Mais je ne pense pas, en tout cas j'espère que nous ne serons pas aux 15 000 de 2003.

De nombreux médecins et patients ont dénoncé les moyens restreints des hôpitaux. Est-ce que c'est au niveau d'une puissance comme la France ?

On l'a vu aussi pour les écoles, mais c'est clair que les hôpitaux aujourd'hui ne sont pas dans une situation adaptée à ce que sont ces épisodes de grande chaleur qui vont se répéter. La moitié de nos bâtiments sont rafraîchis et 50% ne le sont pas. On doit investir massivement.

Et pourquoi on tarde ? Vous avez été, avant d'être le patron des hôpitaux de Paris, à Matignon, où vous étiez le directeur de cabinet de Jean Castex, on le savait qu'il y aurait des scénarios. Est-ce que l'État est impréparé ?

Je pense que les précédentes canicules n'ont pas eu cette extrémité et on n'a, je pense, pas bien pris en compte et pas pris la mesure de cela. Il y a un an, en 2025, quand on a eu deux canicules, l’AP-HP a acheté 820 climatiseurs mobiles supplémentaires. On était heureux de les avoir là, mais c'était insuffisant. On en a racheté en catastrophe, dès la semaine dernière, à peu près 1 000, ce qui n'est pas facile parce qu'il faut les trouver. On a déjà installé 450 d’entre eux en fin de semaine, et les autres arrivent cette semaine. Je pense que ce ne sera pas encore assez.

Il faut que ça arrive vite parce qu'il se peut qu’une troisième canicule arrive à partir de dimanche ou lundi ?

Cette canicule qui arrive nous préoccupe parce que nos professionnels, comme les Français, sont très fatigués. Je veux quand même dire à quel point les professionnels, les médecins, les soignants, les équipes techniques aussi qui ont été sur le pont ont eu une semaine extrêmement intense, difficile et fatigante. Je crois qu'ils ont été admirables et ils nous disent qu'ils sont un peu fatigués. Et de voir arriver cette prochaine canicule dont on verra l'intensité, c'est un vrai sujet de préoccupation. On va essayer de tout faire pour tenir.

nosSources

Nicolas Revel, directeur de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a occupé plusieurs postes de haut fonctionnaire, notamment :

-Directeur de cabinet du Premier ministre Jean Castex (juillet 2020 - mai 2022)

-Directeur de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie (novembre 2014 - juillet 2020)

-Secrétaire général adjoint de la présidence de la République française (François Hollande), avec Emmanuel Macron

-Directeur adjoint de cabinet du maire de Paris Bertrand Delanoë (2003)

Nicolas Revel est le fils de Jean-François Revel et de Claude Sarraute, journalistes, et le frère de Mathieu Ricard, moine boudhiste, auteur, proche du Dalai Lama.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

(Nouvelle fenêtre)À regarder

Des jumelles de 15 mois mortes déshydratées à cause de la canicule

L'explosion d'un "colis piégé" fait trois blessés à Monaco, le suspect est en fuite

Matchs à élimination directe, la coupe du monde commence !

Les lunettes d'Emmanuel Macron de retour

La canicule a-t-elle éliminé les moustiques ?

COUP DE CHALEUR : Pourquoi ça peut arriver à tout le monde ?

Au Yémen, ces femmes se battent pour retrouver leurs proches kidnappés.

On corrige le brevet d’histoire

Voici comment manger au calme à la cantine

Séisme au Venezuela : des sauvetages miraculeux

Canicule : c'est quoi l'effet retard ?

On corrige le brevet de géographie

Chine : un temple XXL de la malbouffe

Le retour de l'acétamipride examiné au Sénat

Le château de Divonne-les-Bains ravagé par un incendie

Cinq personnes tuées par balles à Stade, dans le nord de l'Allemagne

Séismes au Venezuela : des habitants en colère contre les militaires

Cet ado retrouvé vivant 4 jours après le séisme

"Le polo, oui, le short, moins !" réagit Jean-Pierre Farandou à la tenue d'un député

Violents orages : quand le ciel se déchaîne

Les questions en suspens après le crash meurtrier d'un avion civil près de Nancy

Les smartphones font baisser la natalité

Lutte contre le VIH : les financements en chute libre

Baptême de parachutisme : 11 morts dans un crash aérien

Youzy : "Sur les réseaux sociaux, c'est dur de capter trois secondes d'attention"

Les inquiétants "freinages fantôme"

Ces moments où il ne faut PAS se brosser les dents

Oublis d'enfants : des dispositifs d'alerte dans les voitures

Un aéronef s'écrase avec 11 personnes à son bord

Canicule : faut-il craindre un lourd bilan ?

← Health