
"Les hôpitaux ont été majoritairement construits dans les années 1960-1980 et se sont transformés, avec les canicules, en serres", dénonce Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI)
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Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), est l'invité du 11/13 de franceinfo. Il revient sur les conséquences de la canicule dans les établissements de santé et alerte sur le manque d'adaptation des hôpitaux et des EHPAD face aux fortes chaleurs.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Flore Maréchal : Est-ce qu'il fallait s'attendre, selon vous, à de tels drames dans le silence, avec la canicule ?
Thierry Amouroux : Rien n'a été fait. C'est-à-dire qu'il y a, d'une part, la situation au domicile, mais il y a aussi la situation en établissement. Il faut bien comprendre que les hôpitaux ont été majoritairement construits dans les années 1960-1980, avec l'idée d'immenses hôpitaux, des cathédrales de béton qui se sont transformées, avec les canicules, en serres. Ce sont des serres médicalisées aujourd'hui, dans les établissements. C'est-à-dire que les chambres sont à 36-38 degrés, parce qu'il n'y a pas de système de climatisation ou de ventilation, que l'on ne peut pas ouvrir les fenêtres parce qu'elles sont soit condamnées, soit qu'on ne peut les ouvrir que de quelques centimètres, et que, la plupart du temps, il n'y a ni stores ni volets. On est donc obligé de mettre des couvertures de survie avec des sparadraps le long des vitres.
Mais comprenez bien que la canicule est dure pour tout le monde. Lorsque vous êtes atteint d'une pathologie chronique, lorsque vous êtes hospitalisé en urgence pour un problème aigu, c'est encore pire. Les gens décompensent, leur état de santé se dégrade beaucoup plus rapidement et certains meurent du fait de ces conditions. Et cela n'est pas admissible à notre époque, dans la sixième puissance mondiale.
Il faut bien préciser que cela ne concerne pas que les personnes âgées. Une jeune fille de 12 ans, dans les Yvelines, est morte de chaud alors qu'elle était hospitalisée à domicile, dans un immeuble des années 1960 où la chaleur, nous dit-on, a atteint jusqu'à 37 degrés dans les appartements. Il y a aussi ces jumelles de 15 mois qui ont été retrouvées mortes dans le Nord, près de Valenciennes. Le Premier ministre, hier, n'a pu que le déplorer.
Yaël Goosz : Absolument. C'est aussi une manière de dire que le gouvernement, qui a réuni pour la quatrième fois en dix jours une cellule interministérielle de crise, n'est pas absent et qu'il prend bien en compte ce qui est en train de se passer, ainsi que l'émoi que cela suscite dans la société. Il se rend compte, s'il fallait encore s'en rendre compte, que l'on n'est pas adapté à de telles températures, tout en confirmant qu'une nouvelle vague de canicule pourrait, selon les prévisions actuelles, déferler à partir de ce week-end par le Sud-Ouest, même si elle est moins forte que celle que l'on vient de vivre.
Cela va donc de nouveau poser la question : est-on adapté ? Que peut-on faire dans un laps de temps aussi court ? Une promesse a été faite par Sébastien Lecornu : d'ici à la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine, 30 000 climatiseurs devraient être livrés dans les hôpitaux de France. La question est de savoir pourquoi ils n'ont pas été livrés plus tôt, puisque cette commande était possible et que les stocks existaient. Cela repose la question de la préparation et de l'anticipation de ces épisodes de chaleur.
Une situation hospitalière plus que difficile. Vous nous dites que rien n'a été fait. Évidemment, l'urgence est déjà de recevoir ces climatiseurs dans les maisons de santé et les établissements de santé.
Oui. Après, vous savez, il y a souvent beaucoup d'annonces. On avait eu la même chose lors du Covid où, pendant la première vague, beaucoup de gens sont morts faute de lits de réanimation. On nous avait promis 10 000 respirateurs qui allaient permettre de sauver des vies. En réalité, ils sont arrivés deux mois après la bataille et n'étaient pas du tout adaptés. C'étaient des respirateurs de transport, pas des respirateurs de réanimation. Aujourd'hui, nous avons la même inquiétude concernant ces climatiseurs. S'agit-il de climatiseurs mobiles avec un conduit qui doit déboucher vers l'extérieur ? Dans ce cas, nous aurons quand même un problème avec les fenêtres fermées des hôpitaux. S'agit-il d'appareils avec des réservoirs d'eau qu'il faut vider régulièrement ? Nous n'avons aucun détail technique. Comment seront-ils répartis ?
Parce que 30 000 climatiseurs, cela paraît être un chiffre important, mais nous avons 3 900 établissements de santé publics et privés et 7 500 EHPAD. Cela représente finalement deux ou trois climatiseurs par établissement. Il y a donc un gros décalage. Et ce que l'on ne comprend pas, c'est que ce n'est pas une question de moyens. Les 30 000 climatiseurs représentent un coût d'environ 40 millions d'euros. En 2003, il avait été décidé de créer une pièce climatisée par EHPAD. C'est vrai, cette pièce existe. Mais comment voulez-vous y faire entrer 80 ou 120 résidents ? Le reste du temps, ils sont dans leur chambre surchauffée.
Le coût de la climatisation complète de toutes les chambres de tous les EHPAD est inférieur à 2 milliards d'euros. Or, chaque année, la journée de solidarité rapporte entre 2,5 et 3 milliards d'euros. Une seule année aurait donc dû permettre d'équiper l'ensemble des établissements. Au total, plus de 50 milliards d'euros ont été collectés sans être utilisés à cette fin.
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