
Lien avec les cancers de la peau, résidus dans le sang... Les crèmes solaires injustement accusées de tous les maux sur les réseaux sociaux
Plusieurs publications mettent en avant des études scientifiques pour inciter les internautes à ne plus utiliser de crème solaire. Mais ces vidéos détournent les conclusions de ces travaux et ne mentionnent pas la règlementation en vigueur.
Les Françaises et les Français utilisent de moins en moins la crème solaire, comme l'a récemment montré le dernier baromètre FEBEA-Opinionway. Parmi les freins (dans la moitié des cas), il y a notamment l'impact supposé des crèmes solaires sur la santé. Une méfiance alimentée par les réseaux sociaux où ce type de produit est parfois présenté comme plus cancérigène que l'exposition au soleil.
L'octocrylène, un filtre dangereux mais plus utilisé
"Les crème solaires sont composées d'octocrylène, c'est un composé chimique qui provoque des cancers et ils mettent ça dans quasiment toutes les crèmes solaires... Donc votre crème solaire c'est à jeter à la poubelle", affirme l'influenceur catholique Geno Corleone dans une vidéo Instagram qui frôle les 150 000 vues et les 10 000 likes. Ce qui a été démontré par une étude franco-américaine publiée en 2021, et à laquelle le CNRS a participé, c'est que l'octocrylène, un filtre ultraviolet, se désagrège à l'intérieur même du flacon ou du tube de crème solaire. Au fil du temps, il se transforme en un autre composé chimique appelé benzophénome, classé cancérogène et perturbateur endocrinien.
Depuis 2022, l'Union européenne impose un seuil de concentration maximal de 10% d'octocrylène dans les produits cosmétiques, dont les crèmes solaires. Selon la dermatologue Marie Estelle Roux, ce type de filtre solaire a quasiment disparu du marché des protections solaires : "Par mesure de sécurité, beaucoup de laboratoires on décidé de ne plus mettre d'octocrylène dans leur composition. En tous cas, en France, dans les crèmes solaires vendues en pharmacie, il n'y a plus d'octocrylène."
L'oxybenzone est lui aussi très encadré
Un autre filtre solaire est pointé du doigt sur les réseaux sociaux, l'oxybenzone. "Je peux t'assurer qu'avec une seule application l'oxybenzone va passer dans ton sang à 500 fois le seuil de sécurité", assure le tiktokeur Sofiane Bennouby, un coach qui fait la promotion de ses formations payantes destinées à "optimiser" la santé. Sa vidéo fait référence à une étude publiée en 2020 dans la revue américaine Jama dont l'objet était d'évaluer la concentration plasmatique (dans le sang) des ingrédients actifs de la crème solaire. L'échantillon était constitué d'une cinquantaine de personnes ayant mis de la crème solaire régulièrement pendant trois semaines.
Des traces de filtre UV ont effectivement été retrouvées dans leur sang. En ce qui concerne l'oxybenzone, l'étude montre que la concentration maximale dans le sang atteint environ 516 fois le seuil réglementaire de 0,5 ng/mL retenu par la FDA pour exiger des études de sécurité complémentaires. Il ne s'agit donc pas d'un seuil de dangerosité. "Ces résultats n'indiquent pas que l'utilisation de crèmes solaires soit déconseillée", concluent d'ailleurs les chercheurs. Aux Etats-Unis, comme en Europe, l'utilisation de l'oxybenzone (aussi appelée Benzophénome-3) dans les cosmétiques est limitée à 6%. De fait, ce filtre UV a disparu de la liste des ingrédients de l'écrasante majorité des crèmes vendues en France.
Les filtres minéraux, une fausse bonne idée
Sur X, une vidéo mensongère anti-crème solaire, publiée le 27 juin par un épidémiologiste américain, dépasse les trois millions de vues. Il s'agit d'un extrait d'interview que Nicolas Hulscher, connu pour ses positions antivax, a donné à la télévision conservatrice "One America Network" et dans laquelle il présente les conclusions d'une étude sur les facteurs génétiques et environnementaux pouvant influencer le risque de développement d'un cancer de la peau. "Ce qui est inquiétant c'est que quand ils ont comparé des gens qui utilisent de la crème solaire avec des gens qui n'en utilisent pas, raconte Nicolas Hulscher, les utilisateurs de crème solaire avaient un risque accru de développer les principaux types de cancer de la peau". Preuve, selon lui, qu'il faut éviter autant que possible d'utiliser de la crème solaire.
Certes, cette étude montre que les personnes qui utilisent de la crème solaire ont, comparativement à celle qui n'en utilisent pas, un risque plus grand de développer un cancer de la peau (près de 300 fois plus élevé en ce qui concerne le mélanome invasif). Mais corrélation n'est pas causalité. Cela ne prouve pas, contrairement à ce que prétend Nicolas Hulscher, que les crèmes solaires causent des cancers. Les chercheurs avancent plusieurs explications : les hommes et les femmes qui mettent de la crème solaire ont tendance à s'exposer davantage que les autres aux rayons UV et ils ne renouvellent pas toujours suffisamment l'application. Par ailleurs, ces adeptes de la crème solaire sont aussi, parfois, des personnes qui protègent leur peau justement parce qu'elles ont un cancer.
Dans cette séquence partagée par des comptes francophones, l'épidémiologiste Nicolas Hulscher recommande par ailleurs, "si vous devez vraiment vous exposer plusieurs heures au soleil", de privilégier des crèmes solaires "à base de zinc". Une très mauvaise idée, estime la dermatologue Marie-Estelle Roux. "Ces crèmes solaires qui revendiquent utiliser uniquement des écrans minéraux, comme l'oxyde de zinc ou le dioxyde de titane, ont un indice UV qui est très faible", prévient-elle. "Si elles vous disent qu'elles ont un indice SPF 50, c'est faux". La dermatologue remet aussi en cause la stabilité de ces formules 100% minérales. "Elles ne sont pas stables, ni à la chaleur, ni à la sueur", observe-t-elle. L'oxyde de zinc ou le dioxyde de titane sont aussi parfois présentés à tort comme inoffensifs pour les coraux.
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